DÉMOGRAPHIE ET URBANISME

Le Dauphiné Libéré a récemment publié un article de Yoann Gavoille faisant état d’une baisse démographique notable de la population des stations de Serre-Chevalier, baisse essentiellement due au fait que les résidents permanents, locaux ou venant de l’extérieur, ont du mal à trouver un hébergement accessible.

Qu’en est-il à Ceillac ?

Les dernières statistiques de l’INSEE datent de 2022. En attendant les résultats du prochain recensement prévu en 2028, voici quelques données qui sont déjà très parlantes…

Population générale et pyramide des âges

Baisse de la population de -16% en 15 ans

Le pic réel de la population a atteint 311 habitants entre 2008 et 2013. De ce fait, on a perdu au village 50 habitants en 15 ans, soit -16% d’habitants permanents.

Le taux de natalité moyen ces dernières années s’établit à 4,7‰ (vs 9,9 en France pour 2025). On notera que pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, en France, les décès ont dépassé les naissances en 2025 (+ 6000).

Une population vieillissante

Population de Ceillac par tranches d’âge

On relève la baisse notable des 0-14 ans. Quant aux 15-29 ans, 95 % d’entre eux quitteront le village pour s’installer vers les lieux où se concentrent les débouchés correspondants à leurs études. En l’espace de 30 ans, seuls 6 enfants se sont installés sur Ceillac après leur cursus scolaire.

L’âge moyen ressort à 47 ans (42,5 ans en France).

Le 3 ème âge est présent en force avec 45% de la population contre 25% en France.

Cette pyramide des âges décalée sous-tend que la tendance à la baisse devrait se poursuivre et même s’accentuer dans les décennies à venir.

Un taux d’occupation des résidences principales en chute

Ces 2 tableaux, qui montrent une sous occupation des résidences principales à hauteur de 80% et une augmentation nette des personnes vivant seules, corroborent les constats de baisse démographique.

Une espérance de vie au delà de la moyenne nationale

Les Hautes-Alpes sont dans le top 5 en France des départements où l’espérance de vie est la plus élevée : 85,1 ans pour les hommes et 88 ans pour les femmes (vs en France, 80 ans pour les hommes et 85,6 pour les femmes).

L’écart hommes-femmes est plus serré qu’au niveau national (2,9 ans vs 5,6 ans).

A noter qu’en France, l’espérance de vie sans incapacité est assez comparable, autour de 63,4 ans pour les hommes et de 64,5 ans pour les femmes.

EFFECTIFS SCOLAIRES

La baisse d’effectifs scolaires relevée depuis des années n’est pas spécifique à Ceillac et, plus largement, au Queyras qui a perdu en 20 ans la moitié de ses effectifs en moyenne. Elle concerne beaucoup de communes rurales de montagne en France. C’est le premier révélateur d’une démographie en souffrance.

On notera que le département perd bon an mal an plus d’une centaine d’enfants alors que les Bouches du Rhône en gagnent plusieurs centaines.

Les causes sont multiples et ont bien été identifiés par les enfants de l’école lors de leur participation au projet CORESTART en 2019/2020. Elles concernent notamment :

  • le travail dont la caractéristique première est la prédominance du travail saisonnier avec une bisaisonnalité, une caractéristique liée à la quasi monoactivité touristique de la vallée, les emplois les plus qualifiés se concentrant dans les métropoles ;

  • l’hébergement rare et cher ;

  • le manque ou à l’absence de services ;

  • la vie sociale pour le moins réduite ;

  • l’éloignement, le climat et les risques liés au milieu montagnard ;

  • les évolutions sociétales comme l’allongement des études et les premiers enfants bien plus tardifs aujourd’hui (âge du premier enfant : 24 ans en 1974, 31 ans en 2025).

L’allongement des études implique un départ des jeunes vers les métropoles pour trouver les débouchés correspondants.

On relève une proportion importante de cycle II et III.

IMMOBILIER

La demande est très forte sur la vallée, de l’ordre de 10 à 15 demandes pour une offre. Les prix sont très élevés, souvent 2 fois plus que ce que l’on peut trouver dans la vallée de la Durance, Guillestre ou autre.

Le prix du terrain, rarissime et cher, ressort actuellement à 500 € le m², le prix du bâti entre 4.000 € et 5.000 € le m² (+14% par an depuis 10 ans). Quant au coût de la construction, il s’est envolé puisqu’il est passé en 20 ans de 2.000 € le m² à environ 4.000 € le m². De fait, l’achat ou la construction d’une maison à Ceillac est aujourd’hui très majoritairement le fait de résidents secondaires aisés.

Le coût d’entrée pour une maison de 100/120 m² est donc de 500.000 € ce qui le situe hors de portée d’un foyer avec des revenus médians (4.500 € en France) disposant d’un montant théorique possible de crédit de 1500 € mensuels (mensualité de 1.900 € pour un crédit de 400.000 € sur 25 ans à 3% avec un apport de 100.000 €).

Avec un taux de résidences secondaires atteignant 81,5% (soit l’exact inverse de la France qui compte 82% de résidences principales sur le territoire), Ceillac se situe dans le haut du panier du département (45% pour le 05). Si l’on prend en compte les dizaines de maisons construites récemment à Ceillac, pour l’essentiel des résidences secondaires sur des terrains privés, on devrait largement passer les 85% au prochain recensement…

Quant aux locations à l’année, elles restent rares. Il est bien plus intéressant pour les propriétaires de louer en saison, au moins tant qu’il y aura 2 saisons touristiques. On peut juste supposer que si la saison d’hiver venait à se réduire drastiquement voire à disparaître, à cause du manque de neige notamment, les loueurs saisonniers seront poussés à louer à l’année, aidés en cela par le dispositif Visale qui garantit le paiement du loyer et couvre les éventuelles dégradations commises.

En conclusion, la possibilité de s’installer de façon permanente sur la vallée devient une véritable gageure pour la part de locaux qui ne disposent pas de patrimoine foncier et pour les extérieurs.

Menace sur le devenir de la population permanente

Démographie et urbanisme sont donc intimement liés et ce d’autant plus que Ceillac est une des références immobilières du département. Les mêmes causes engendrant les mêmes effets, la population permanente baisse de façon notable et rapidement avec le risque d’assister à sa quasi disparition et de voir Ceillac, station-village, se transformer peu à peu en village de vacances, un phénomène déjà observé dans d’autres régions Alpines en Europe.

Dans les années 1960, on a vu renaître le Queyras qui se dépeuplait grâce à l’instauration rapide d’une activité touristique complétant les ressources d’une monoactivité agricole et pastorale déclinante. Assez rapidement, le tourisme est devenu l’activité économique dominante à laquelle les investissements publics ont été destinés pour l’essentiel. Avec le recul, Il serait alors tentant de relever que les différentes municipalités qui se sont succédées depuis ont sous-estimé la menace liée au devenir de la population permanente, la prise de conscience effective du problème datant des années 2000.

Aujourd’hui, la commune est bien consciente du problème mais elle n’a que peu de leviers de remédiation. Elle a augmenté son parc de logements locatifs, a prévu l’aménagement d’une zone d’habitat permanent à l’Infernet mais elle ne dispose quasiment d’aucun foncier.

Hormis ce problème d’hébergement, la diversification économique apparaît comme essentielle, l’exemple de la création du stade de biathlon 4 saisons étant manifestement une réussite qui a généré une belle fréquentation cet été et a permis d’avancer sur le projet de centre UCPA à l’Infernet.

Article écrit par Michel C.
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