Que connaissons-nous du Lac Sainte-Anne ?

On se souvient qu’une première prospection du lac avait été effectuée en juin 2025 par Emmanuel Chapron, du laboratoire GEODE de l’Université Toulouse Jean Jaurès rattaché au CNRS. Celle-ci avait pu montrer, via une reconnaissance bathymétrique réalisée sur une longueur de 2 km, une forme irrégulière du fond, la présence de 2 bassins, une profondeur de 23 m et, possiblement, une alimentation sous-lacustre.

Il reste beaucoup de choses à déterminer pour mieux connaître ce lac qui n’a fait quasiment l’objet d’aucune étude, les principales inconnues concernant les apports et les pertes hydriques du lac. On sait par exemple que l’alimentation en eau du lac est une conjugaison de fontes de neige, d’infiltrations d’eaux de pluie et de fontes des glaciers rocheux et noirs situés au-dessus du lac mais l’on ignore dans quelle proportion.

Coupe du lac réalisée il y a plusieurs décennies et comportant des inexactitudes concernant l’exutoire et l’alimentation.

Une nouvelle prospection du lac a eu lieu au mois de juin de cette année. L’équipe du laboratoire GEODE (E. Chapron, S. Morvan et D. Seiler) est donc revenue avec ses bateaux et deux différents sondeurs bathymétriques. La bathymétrie réalisée sur un linéaire de 10 km (Figure 1) a permis de recueillir des données précises sur le relief du fond du lac qui confirme son aspect assez chaotique. Ces données pourront être exploitées au laboratoire en 2027 afin de réaliser une carte en relief du lac et d’évaluer son volume.

Un premier constat a également été établi sur le marnage du lac (différence de niveau entre les niveaux les plus hauts et les plus bas). Là aussi, il se montre atypique avec, lors d’une année récente, une perte de 10 m correspondant à plus de 50% du volume total. Cette amplitude de marnage est exceptionnelle sur les lacs alpins.

Marnage bien visible avec cette photo prise à la fin de l’hiver 2026

La commune de Ceillac ainsi que le Parc Naturel Régional du Queyras se sont montrés intéressés par ces premiers résultats. En effet, la commune a pour projet de capter à moyen terme la source de l’Adoux, sise sur le plateau éponyme en dessous de Sainte-Anne. On sait déjà (grâce à un test à la fluorescéine) qu’elle n’est pas directement alimentée par le lac. Cela nécessite donc d’en savoir plus sur la dynamique hydrologique et de cette source et du lac. Il se peut, par exemple, que le lac constitue de fait un bassin réservoir d’alimentation en eau potable de la commune via une autre résurgence captée au niveau de la Cime du Mélézet, bien en aval du lac ou ailleurs…

C’est pourquoi, le principe d’une convention a été établi entre l’Université Toulouse Jean Jaurès et la commune de Ceillac pour qu’un étudiant en master 2 reste plusieurs mois sur le terrain, de mai à septembre 2027, afin de préciser les caractéristiques du lac, le bassin hydrographique – qui peut être assez différent du bassin topographique – les différents exutoires et autres alimentations entrant en jeu. Il s’agira également d’essayer de quantifier l’évolution hydrologique dans le temps à partir des données disponibles (historiques et mesures satellitaires) et de préciser les éventuelles résurgences présentes dans la vallée. Par cette convention, l’université s’engage à fournir à la commune le bilan de l’étude avec la carte bathymétrique du lac. Une restitution auprès du public, habitants et visiteurs, est par ailleurs prévue.

L’association « Les amis de Ceillac » dont l’objet concerne tous les patrimoines de la vallée, y compris le patrimoine naturel étendu sur 9600 ha, soutiendra également ce projet et apportera une contribution financière et logistique dans la mesure de ses moyens, comme elle l’a fait depuis le début des mesures. Elle pourra également fournir des vidéos du fond grâce à un drone sous-marin.

Ce projet se veut en partie participatif avec le recueil de témoignages, d’anciennes photos du lac à toutes époques de l’année, la mise en place à proximité immédiate du lac d’un panneau explicatif détaillant le projet et à la demande d’envoi de photos pour évaluer précisément le marnage sur plusieurs années. Il est d’ores et déjà possible de contribuer à l’envoi par mail de photos (sainteanne@ceillac.com) montrant notamment les maxis et les minis de hauteur du lac (ou de tout autre document récent ou ancien pouvant être exploité dans le cadre du projet).

Enfin, le travail accompli permettra de valider les données SWOT * recueillies par le satellite lancé par le CNES et la NASA en 2022 et dont la mission est « la mesure Zone de Texte: Le lac Sainte-Anne au sortir de l’hiver 2026 montrant un marnage important.globale des hauteurs d’eau des fleuves, lacs et zones inondées, des océans, hauturiers et côtiers ».

Les données de la mission SWOT permettent aux scientifiques d’améliorer de manière radicale des modèles hydrodynamiques fluviaux (estimations des débits). Elles aident également à déterminer les variations temporelles de stock d’eau dans les hydrosystèmes de surface (lacs, réservoirs et zones humides) et sur les dynamiques d’écoulements à l’échelle de tous les continents.

Pour ordre de grandeur, on estime à plus de 30 millions le nombre de lacs dans le monde qui ont une superficie supérieure à 1 ha… dont le lac Sainte-Anne. Les données citoyennes sur les variations récentes du lac au cours des saisons et les mesures satellitaires seront donc très utiles pour mieux comprendre le fonctionnement du plus grand lac glaciaire du massif du Queyras.

* Surface Water Ocean Topography

Article écrit par Michel C.
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