INTERVIEW GUILLAUME CAILLAT

C’est Guillaume Caillat qui a été nommé gestionnaire du stade de biathlon ouvert depuis le 23 décembre 2023.

Après deux petites semaines de fonctionnement, il nous livre ses premières impressions…

Une page complète consacrée au biathlon est en cours de finalisation, elle sera très prochainement publiée dans la rubrique hiver.

Guillaume Caillat, gestionnaire du stade de biathlon, en conversation avec Laurent Berçot du service des pistes.
UN STADE ATTENDU

Guillaume Caillat, peux-tu te présenter très rapidement ?

Je suis un ancien coureur et j’ai été licencié une bonne quinzaine d’années au club de Vallouise.

J’ai eu une expérience en biathlon, en compétition. Une expérience en ski arc, une discipline qui a été très vite abandonnée mais qui m’a permis d’accéder rapidement au haut niveau en participant au circuit de compétition européen qui se déroulait juste avant celui de biathlon. J’ai pu donc concourir en Allemagne, en Suisse, en Slovénie, en Autriche… et en France.

Je suis nouvel arrivant dans le Guillestrois-Queyras puisque j’étais domicilié à Vallouise. Pour différentes raisons, je me suis installé à Guillestre il y a 3 ans et effectuais des travaux de rénovation en tant qu’autoentrepreneur.

Je me doutais qu’avec la création de ce stade, il y aurait un ou plusieurs postes de créer et quand cela a été le cas, j’ai candidaté et j’ai été retenu.

En vert, la piste de biathlon (nordique l’hiver et ski-roue l’été) et, en rouge, la piste rouge nordique de l’Ubac connectée à la piste du stade (un clic pour agrandir).

Tu as donc vécu le biathlon comme une discipline confidentielle à ses débuts et qui s’est développée fortement avec une couverture médiatique de plus en plus forte en rapport avec les excellentes performances des français sur le circuit mondial.

 C’est vrai qu’au début c’était très artisanal, surtout dans les Alpes du Sud où il n’y avait pas, jusqu’à aujourd’hui, les structures qui sont présentes dans les Alpes du nord ou dans le comité du Dauphiné.

Malgré cela, les clubs et les coureurs se sont bien accrochés pour que cela avance, n’hésitant pas à faire des heures de route pour pouvoir s’entraîner.

Ces clubs attendaient-ils ce stade avec impatience ?

Plusieurs clubs organisent actuellement leur stage de préparation estivale et automnale dans le Vercors ou sur des sites plus lointains.

La création et l’ouverture du stade de Ceillac, avec à la clef une piste de ski-roue l’été, a permis de réduire le transport de plusieurs heures… Cela change la donne pour eux, y compris au niveau économique avec une réduction du coût des stages.

Comment se passe la cohabitation des clubs et des particuliers sur le stade ?

Dans un premier temps, les pratiquants issus des clubs et les particuliers utilisent le stade en même temps et cela se passe très bien. Il n’y a pas de mauvais retour en termes de sécurité ou en termes d’exploitation.

A l’avenir, avec l’affluence qui devrait grandir, il sera certainement nécessaire de créer des créneaux pour les uns et les autres. Il n’y a pas de souci au niveau sécurité puisque la très grande majorité des particuliers sont encadrés par des professionnels diplômés mais c’est en termes d’utilisation avec des risques de bouchon sur le pas de tir que la cohabitation peut devenir problématique.

De fait, surtout en période estivale et à l’instar de ce qui se pratique sur les autres stades de biathlon, il faudra probablement mettre en place des créneaux adaptés avec des plages pour les clubs et d’autres pour les particuliers.

Quid de la répartition clubs/particuliers pour ces 2 premières semaines d’ouverture ?

On est sur du 50/50, moitié clubs moitié particuliers donc.

L’ESF de Ceillac avait des créneaux réservés sur le pas de tir quasiment tous les jours. La structure Biathlon Évolution créée par deux anciens biathlètes de haut niveau (équipe de France) dont un était, il y a peu encore, entraîneur des françaises en coupe du monde. Elle est basée sur le Gapençais et vient régulièrement avec des groupes. Les séances organisées sont ultra dynamiques et ultra motivantes. Sont proposées de multiples prestations : séances courtes, des séances demi-journée ou journée, des stages… pour particuliers et groupes et aussi du team building.

Des clubs locaux sont venus : Serre-Chevalier, Villard Saint Pancrace, le Scoce d’Embrun – un club comptant de nombreux licenciés –

On a eu aussi la visite de biathlètes compétiteurs d’autres régions, notamment des comités du Mont Blanc et du Dauphiné. Leurs premiers retours sont positifs. Qui plus est, ils étaient contents de trouver de la neige puisque dans le Vercors, par exemple, c’est plus compliqué. Un double satisfecit donc, qualité du stade et bon enneigement.

Ces encadrants apprécient-ils d’avoir à disposition un tel outil de travail ?

Au niveau de l’ESF de Ceillac, ils sont encore en phase de réflexion quant à l’utilisation optimale de cet outil. Ils ont pour l’instant un seul moniteur formé pour le tir à 50 m qui est très motivé et se rend bien compte de l’atout que représente le stade.

Une de mes missions sera de travailler avec eux pour la création de produits sous forme d’initiations, de stages ou autres que ce soit l’hiver ou l’été en ski-roue pour les moniteurs qui voudront travailler l’été. A Corrençon, ils ont 3 moniteurs qui travaillent toute l’année sur le site.

J’ai rencontré à plusieurs reprises la directrice de l’ESF et nous avons bien échangé. J’espère que cela permettra d’aboutir à une utilisation pleine et entière du stade au bénéfice et de leurs clients et des moniteurs.

Quels sont les premiers retours de particuliers ?

J’en ai peu directement. J’ai plutôt des retours par l’intermédiaire des encadrants comme l’ESF de Ceillac ou Biathlon Evolution.

Les gens sont ravis et les encadrants, quant à eux, sont très satisfaits d’avoir une structure avec un accueil et une préparation des couloirs de tir. Il n’y a pas de temps perdu pour eux en installation.

FONCTIONNEMENT

Comment s’effectue la réservation ? Quel est le coût ?

Elle peut se faire par mail (biathlon@comcomgq.com), par téléphone (06 58 52 38 57) ou au chalet d’accueil de ski de fond auprès des pisteurs.

Pour ceux qui veulent utiliser le pas de tir, il faut avoir le ski-pass classique auquel s’ajoute le coût de réservation du couloir de pas de tir :

  • tir à 10 m : 4 € par couloir par demi-journée ;
  • tir à 50 m : 5 € pour les licenciés et 6 € pour les non licenciés.

Une réflexion est en cours avec Nordic Alpes du Sud afin d’établir pour les clubs une cotisation pour la saison, comme cela se pratique dans les autres comités. Cela se fait déjà pour le ski-pass, Nordic Alpes du Sud subventionnant les sites par le biais des nordic-pass ce qui réduit le coût d’utilisation pour les clubs.

Nous sommes encore dans une période de rodage et tout cela se met en place progressivement.

Est-ce que l’accès public est possible et matérialisé ?

Sur le stade, l’accès public est autorisé. La banquette de tir est matérialisée par des filets et il convient de respecter la signalisation ainsi que la règlementation.

Qu’en est-il de ta présence effective sur le site ?

Ma première mission, c’est la préparation des couloirs (tapis de tir, cibles, mise en place des cartons pour les tirs de réglage, peinture des cibles…) auquel s’ajoute pas mal de travaux divers et variés sur tout le site.

Conformément à ce qui a été convenu avec la Comcom, je peux m’adapter à la demande. C’est important d’être là et disponible, surtout au début pour se faire connaître et veiller à la sécurité du site.

Et au niveau horaires ?

On est sur une base de 9 h – 16 h, que cela soit en périodes scolaires et hors périodes scolaires.

Lorsque les jours auront rallongé, en février, peut-être pourra-t-on fermer plus tard, vers 17 h. Mais il y aura toujours une adaptabilité si les gens veulent tirer une demi-heure plus tôt ou plus tard, ce sera possible.

Quand je serai en congé, les pisteurs prendront le relais.

Si c’est la Comcom qui gère le stade l’hiver car elle a la compétence Ski Nordique depuis 2017 (date de la fusion des Comcom du Guillestrois et du Queyras), c’est la commune de Ceillac qui a en charge le fonctionnement l’été. Y a-t-il un accord, une convention pour la gestion du stade à l’année ?

L’emploi de gestionnaire du site est un emploi à l’année donc, a priori, c’est moi qui serai présent hiver comme été. La commune de Ceillac et la Comcom finalisent une convention en ce sens.

Il y aura une coupure de l’exploitation du site ce printemps en raison de la dernière tranche de travaux qui sera effectuée avec, notamment, la mise place de l’enrobé et des travaux de terrassement.

De fait, je serai moins présent durant ces travaux qui auront lieu en avril mai juin mais je serai de retour au début de l’été.

Y a-t-il des particuliers qui sont complètement autonomes ?

Il y en quelques-uns, des biathlètes initiés.

Je pense à une personne qui est venue quasiment tous les jours. Elle est licenciée, elle a son port d’armes à jour avec sa déclaration européenne de port d’arme.

Ce ne sont pas des débutants complets qui viennent découvrir l’activité, tout simplement parce qu’on ne peut pas louer une arme comme on loue une paire de skis.

On sait pouvoir louer skis et chaussures à Ceillac ou à Guillestre. Qu’en est-il des carabines ?

Les carabines ne se louent pas pour des raisons réglementaires. Tout utilisateur doit suivre une formation pour avoir un port d’arme. Ce sont les encadrants qui fournissent le matériel nécessaire.

Y a-t-il des skieurs qui parcourent la piste sans pour autant utiliser le pas de tir ?

Oui, bien sûr, la piste du stade est connectée de façon transparente au domaine nordique de Ceillac, notamment à la piste rouge de l’Ubac, et elle est empruntée régulièrement par des skieurs nordiques, comme toute autre piste, avec certainement aussi l’envie de découvrir le stade.

En pareil cas, il n’y a pas de supplément tarifaire.

Le stade est-il homologué et quelles courses peuvent y être organisées ?

Nous avons une homologation temporaire pour l’utilisation du stade et du pas de tir pour la période hivernale. Tout est en ordre pour l’exploitation de cet hiver.

Il y aura besoin de refaire un dossier complet d’homologation pour la piste de ski-roue quand elle sera achevée.

Avec 15 lignes de tir, le stade est homologué pour les courses régionales. Pour les courses nationales, il faut 30 lignes de tir, ce qui reste une option d’évolution possible du stade.

C’est sûr qu’avec 15 cibles, le risque de bouchon est assez élevé. Ce sera encore plus le cas pour la saison estivale, si on a par exemple 2 ou 3 clubs en même temps. Ou alors, il faudra jouer sur des créneaux différenciés.

Maintenant, il faut attendre un premier bilan à la fin de cet hiver pour estimer précisément les besoins. De fait, le stade venant d’ouvrir, on manque de recul pour l’instant.

Quelles sont les informations que l’on te demande par téléphone ou par mail ?

Souvent, les demandes émanent de pratiquants réguliers et elles se cantonnent à des réservations.

Quand, ce sont des personnes qui découvrent l’activité, elles demandent comment s’organise une session, si on peut pratiquer tout seul, si on a besoin d’un encadrant, quel est le tarif… Ce sont des questions banales que j’ai régulièrement. Je finis généralement en donnant les coordonnées de l’ESF ou de Biathlon Evolution par exemple, sans partie pris. C’est au pratiquant de voir avec le prestataire ce qui lui correspond le mieux.

Le secteur du stade est particulièrement froid. Si cela permet de préserver une bonne qualité de neige, on imagine qu’il ne doit pas toujours être facile de travailler dans ces conditions…

Actuellement, une cabane de chantier provisoire a été mise en place avec un chauffage afin de disposer d’un lieu à l’abri du froid pour moi et les utilisateurs du site qui le souhaitent. Dans la deuxième tranche de travaux prévue au printemps, la construction d’un chalet a été budgétisée.

Dernière question concernant l’orientation du pas tir dirigé vers le hameau de la Clapière…

Cela peut paraître effectivement surprenant, les tirs en 22 long rifle ayant une portée de 1,5 km.

Il s’avère que les Bâtiments de France ne voulaient pas que le pas de tir soit visible depuis Sainte Cécile, une église classée. Il a donc été demandé que ce pas de tir soit orienté de cette façon afin que celui-ci soit caché par le merlon de protection, lequel merlon répond à toutes les normes de sécurité voulues.

COMMUNIQUER ET ÉTABLIR DES PARTENARIATS

Et la feuille de route pour les semaines et les mois à venir ?

Ce qui va être important, c’est la promotion du site.

On va communiquer, travailler avec les complexes économiques du tourisme du Guillestrois-Queyras. On va rédiger une page internet sur le site de l’office du tourisme et nous serons présents sur les réseaux sociaux.

Le deuxième volet sera consacré à la recherche de partenaires pour avoir des aides techniques ou financières.

Le troisième axe de travail sera dirigé vers avec les scolaires. Cela permettra de démocratiser l’activité. Il faut s’y prendre tôt et, s’agissant d’un sport complet, je pense que les enseignants se montreront motivés. C’est un travail à conduire, concomitamment avec les encadrants afin de proposer des prestations de qualité. Si la demande est forte, cela peut amener les ESF à adapter leur fonctionnement.

Article écrit par Michel C.
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