LES RHINOPODES

La Faune

Il existe dans le Queyras deux espèces endémiques qui font partie de la famille des rhinopodes : le shangrila et le chancroï.

Toutes deux sont assez méconnues en raison d’une présence réduite et particulièrement discrète…

LE CHANCROÏ

Le chancroï, appelé aussi parfois capirhine, appartient  la famille des rhinopodes. De la taille d’une grosse marmotte, il s’en distingue par une allure plus élancée, plus véloce. C’est un animal exceptionnel eu égard à ses nombreuses particularités qui dénotent dans le monde animal.

Il est pourvu de pattes arrières disproportionnées, très puissantes, qui lui permettent d’accomplir des bonds pouvant atteindre quatre ou cinq mètres, tandis que ses pattes antérieures, très petites, ne lui servent, essentiellement, qu’à se stabiliser.

Ses quatre pattes sont palmées, ce qui facilite ses déplacements sur la neige fraîche et font de lui un excellent nageur.

Il est pourvu d’une large queue très touffue dont la fonction première, hormis de l’équilibrer lors de ses bonds, est d’effacer ses traces. Elle est munie de glandes odoriférantes qui laissent sur le sol une odeur musquée, véritable patchwork des senteurs de la nature.

Le plus étonnant reste sa corne, excroissance osseuse occipitale, qui lui sert à progresser sur la neige dure ou même sur la glace (le chancroï n’hiberne pas). A son extrémité, la corne est pourvue d’entailles demi-rondes, ce qui facilite l’ancrage mais lui pose aussi parfois problème. En effet, celui-ci est tellement performant que l’animal a parfois du mal à se dégager. Aussi trouve-t-on de temps à autre un chancroï, au bord de l’épuisement, rivé sur la glace.

La crête qu’il arbore au sommet de son crâne a, on le pense, un rôle de reconnaissance sociale. On a pu constater que plus celle-ci était haute et claire (jusqu’au blanc pur) plus l’animal avait une position dominante dans le groupe.

RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE

Cet animal grégaire peut encore être observé dans quelques vallées alpines (notamment dans le Valgaudemar).

S’il est aujourd’hui protégé par la convention de Berne , il a longtemps été chassé, non pas pour sa chair au goût amer, mais pour sa corne, véritable trophée, aux multiples vertus, ornant, trop souvent encore, les cheminées des chalets d’alpages.

Quelques projets de réintroduction, dans le Mercantour et dans le Queyras,  devraient être menés à bien dans les prochaines années.

RÉGIME ALIMENTAIRE ~ PRÉDATEURS

L’examen de sa denture est assez parlant avec quatre incisives proéminentes et des canines impressionnantes. Le chancroï est en effet omnivore, mangeant des petits mammifères (mulots, lièvres, mustélidés …), des poissons, aussi bien que des racines qu’il déterre facilement avec sa corne.

Il vit et chasse essentiellement la nuit, aidé en cela par une vision nocturne extrêmement performante, comme le montre l’importance de ses globes oculaires.

Ses prédateurs, le lynx et le loup, ne s’attaquent à lui qu’en période de disette, son plus grand prédateur restant l’homme.

C’est un animal qui, comme le renard, n’hésite pas à s’aventurer dans les villages pour trouver sa pitance. Il  vaut mieux alors ne pas le rencontrer, son agressivité naturelle et les armes (corne, crocs, ergots) dont il dispose en faisant un farouche combattant.

REPRODUCTION

Comme l’escargot, le chancroï est hermaphrodite. Il s’accouple en hiver et met bas après quatre mois de gestation. Le petit chancroï atteint sa maturité en cinq ans.

LE SHANGRILA DES ALPES

1. RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE

C’est un animal très localisé que l’on peut observer, avec beaucoup de patience, dans quelques rares vallées des Alpes, et notamment dans le Queyras.

Généralement, il aime s’établir au bas des falaises au delà de 2000 mètres d’altitude et jusqu’à 2800 m.

Il fait malheureusement partie de ces animaux qui, à cause d’une chasse traditionnelle forcenée, sont maintenant en voie de disparition. Dans la seule vallée de Ceillac (Hautes-Alpes), où on en dénombra jusqu’à 57 couples au début du siècle, on n’en compte, aujourd’hui que 5 couples survivants.

Pourquoi l’a-t-on autant chassé ? Non pas pour sa chair, mais pour sa corne,  véritable Graal des trophées et aussi pour ses poils drus et durs dont on a longtemps fait de superbes… paillassons.

2. ASPECT ~ COMPORTEMENT

D’un poids d’environ 100 kg, le shangrilla a une taille oscillant entre 2 m l’hiver et 2,30 m l’été. La raison de cette variation demeure un mystère pour le monde scientifique. Seul, le professeur Cilheaco, spécialiste reconnu du shangrilla, avance l’existence d’un cycle calcicolyse-calcicogénèse déficitaire l’hiver, l’animal affectionnant les faces nord.

D’allure massive et imposante, le shangrilla peut paraître balourd et gauche. Il n’en est rien et les acrobaties qu’il affectionne sont étonnantes d’audace et d’agilité. C’est, en outre, un excellent grimpeur.

La corne peut atteindre un bon mètre de longueur. Elle se situe à gauche pour le mâle et à droite pour la femelle. Il n’y a guère d ‘autres signes de dimorphisme sexuel hormis une chevelure plus fine chez la femelle et une différence de caractère assez marqué, le mâle étant craintif, voire agressif quand on le surprend, la femelle se montrant beaucoup facile à approcher.

Cet animal discret peut se repérer aisément avec une oreille fine. Lorsqu’il crocratte, son cri, mélange de croassement et de feulement, peut, en effet s’entendre jusqu’à 1 km. Mais, pour autant, la partie n’est pas gagnée car le shangrilla est le champion toutes catégories du mimétisme. En effet, comme le caméléon, sa couleur change très vite pour se calquer sur celle de son environnement le rendant quasiment invisible. L’hiver, il adopte une livrée intégralement blanche hormis l’extrémité de sa corne qui reste noire, ce qui lui permet d’approcher ses proies facilement.

3. ALIMENTATION

Le shangrilla, comme son cousin du Népal, est omnivore mangeant réellement de tout. Il chasse généralement de petites proies, lièvres, tétras ou marmotte mais n’hésite à s’attaquer à plus gros, blaireau ou même sanglier. Aussitôt tuée, la proie est dévorée à la cime d’un gros mélèze ou d’un cembro.

L’hiver, la nourriture se faisant plus rare, on peut le voir manger des lichens ou ronger sans vergogne l’écorce des arbres.

Les quelques autopsies pratiquées sur des animaux braconnés ont révélé une appétence particulière pour les matières plastiques. Aussi a-t-on quelquefois retrouvé quelques skis rongés jusqu’à la semelle… De même, des touristes ont-ils eu la désagréable surprise de voir leurs pneus de voiture complètement déchiquetés… Cette prédilection est parfois lourde de conséquences,  l’animal s’étouffant avec les sacs plastiques qui trop souvent traînent ici et là…

Il ne boit que de l’eau  contrairement à ce qu’affirment les légendes qui le décrivent comme un animal malfaisant, hématophage convaincu.

La shangrilette, femelle du shangrila
4. REPRODUCTION

La saison des amours a lieu en fin d’automne et ne dure que quelques jours. Les mâles s’opposent violemment pour les femelles et se blessent parfois gravement usant avec habilité de leur corne.

L’accouplement est assez brutal, le mâle se servant de sa corne pour immobiliser la femelle.

Comme l’ornithorynque, le shangrilla est ovipare, la ponte (un seul œuf, exceptionnellement deux) ayant lieu peu de temps après l’accouplement. Il n’y a pas de couvaison, les shangrillas veillant uniquement à mettre l’œuf hors gel en l’enfouissant dans la neige. Vu ces conditions, la maturation est étonnamment brève et dépasse rarement dix jours.

Le petit shangrilou, petite boule de poils adorable, naît donc en plein hiver, ce qui constitue un véritable challenge. Il n’a pas encore de sexe défini, celui-ci se déterminant entre le 8 ème et le 9 ème mois.

Sitôt la mise bas, le petit est placé dans un nid douillet, fait d’écorces et de lichens et est régulièrement allaité par… le mâle (!) qui dispose d’une poche, comparable à celle des marsupiaux, dans laquelle le petit shangrilou se glisse quand il a faim ou quand le froid se fait trop intense.

4. REPRODUCTION

La saison des amours a lieu en fin d’automne et ne dure que quelques jours. Les mâles s’opposent violemment pour les femelles et se blessent parfois gravement usant avec habilité de leur corne.

L’accouplement est assez brutal, le mâle se servant de sa corne pour immobiliser la femelle.

Comme l’ornithorynque, le shangrilla est ovipare, la ponte (un seul œuf, exceptionnellement deux) ayant lieu peu de temps après l’accouplement. Il n’y a pas de couvaison, les shangrillas veillant uniquement à mettre l’œuf hors gel en l’enfouissant dans la neige. Vu ces conditions, la maturation est étonnamment brève et dépasse rarement dix jours.

Le petit shangrilou, petite boule de poils adorable, naît donc en plein hiver, ce qui constitue un véritable challenge. Il n’a pas encore de sexe défini, celui-ci se déterminant entre le 8 ème et le 9 ème mois.

Sitôt la mise bas, le petit est placé dans un nid douillet, fait d’écorces et de lichens et est régulièrement allaité par… le mâle (!) qui dispose d’une poche, comparable à celle des marsupiaux, dans laquelle le petit shangrilou se glisse quand il a faim ou quand le froid se fait trop intense.

5. PRÉDATEURS

On imagine sans peine que rarissimes sont les prédateurs qui oseraient s’attaquer à un  animal d’un telle corpulence. Qui plus est, sa parfaite homochromie avec son milieu et son caractère craintif en font un animal particulièrement difficile à repérer et à chasser.

En fait, seul l’homme constitue un danger pour lui. Il en a parfaitement conscience, ce pourquoi il ne s’aventure que rarement loin de son antre.

Cette grande discrétion explique aisément la méconnaissance du grand public à son sujet. C’est pourquoi, régulièrement, voit-on des touristes se précipiter à la gendarmerie en affirmant avoir surpris un monstre antédiluvien…

Article écrit par Michel C.
Brush